Quelques nouvelles du front (de mer) et du fiasco en cours sur le chantier éolien offshore de Courseulles-sur-Mer (14)

Arromanches, le 16 février 2025

Quelques articles ont récemment fait état de difficultés sur le chantier du projet éolien en mer face aux Plages du débarquement.

Voici un petit point de situation et des actions en cours

Un avancement très poussif

En mai 2024, le bateau Vole au Vent est arrivé sur la zone du futur parc éolien en mer de Courseulles, pour tester sa foreuse. Il devait rester quelques semaines, avant le lancement de la campagne de forage des 64 fondations qui supporteront les 64 éoliennes de 175 mètres de haut.

Finalement, ce bateau est resté en continu sur zone, avec très peu de communication sur l’avancement de ces tests et de la campagne de forage proprement dite.

Pendant ce temps là, à Yeu-Noirmoutier, un bateau similaire, l’Innovation, a posé sa première fondation le 5 juin 2024 après être arrivé sur place 6 jours plus tôt, puis a annoncé le 15 novembre 2024 avoir installé 33 des 61 fondations monopieux du parc géré par ENGIE. Bref, un projet normal conduit à l’installation de 5 à 6 fondations par mois.

De notre côté, rejoint par le bateau Saipem 7000 début décembre 2024, le Vole au Vent mouline, et la presse a révélé le 15 janvier 2025 qu’une seule fondation avait été finalisée, ça promet.

Au passage, le cours de Saipem, le sous-traitant d’EDF en charge des fondations, s’est effondré à la bourse de Milan, ces difficultés de forage ne semblant pas derrière lui. Les négociations avec EDF pour savoir qui va supporter les surcoûts vont être sympathiques.

Mais au fond (de la mer), quel est le problème ?!

Pour Saipem, il s’agit du premier projet de fondation monopieu de son histoire pour un parc éolien en mer. En effet, Saipem et les bateaux sur site sont surtout spécialistes des forages pétroliers en mer. Ceux-ci sont beaucoup plus étroits (50 cm à 1 m), et sans exigence mécanique excessive sur le sous-sol qui n’est pas soumis à de fortes contraintes lors du pompage du pétrole.
A l’inverse, pour des fondations éoliennes, le diamètre est beaucoup plus important (7 à 9 mètres), et la fondation doit offrir une stabilité très élevée, car l’éolienne est soumise à des forces mécaniques considérables (poids, prise au vent, torsion et vibration, etc.). Une fondation insuffisamment stable pourrait entraîner un affaissement ou une inclinaison de la turbine, ce qui compromettrait sa sécurité et son fonctionnement.

Bref, les fondations, c’est important, et on découvre aujourd’hui que la résistance du sous-sol est irrégulière et instable, c’est moche.

Surtout qu’en recherchant pas si loin dans les archives du projet, on lit :

  • "En 2011, trois carottages de 40 mètres de profondeur ont été réalisés afin de mieux identifier les caractéristiques du sous-sol calcaire et de pouvoir déterminer le type et le dimensionnement des fondations des éoliennes"
  • "D’autres forages sont prévus en 2013 et 2014 pour affiner la connaissance du sous-sol marin"
  • "Avril 2012 - Octobre 2013 : LEVÉE DES RISQUES - Le maître d’ouvrage réalise à cet effet des études pour confirmer le bienfondé de ses choix techniques et préciser notamment le dimensionnement des fondations des éoliennes, [en particulier au travers] des études relatives aux caractéristiques mécaniques du sous-sol"

    Mais bon, peut-être que le sous-sol a changé ces 10 dernières années, ça arrive. Ou qu’il va redevenir nickel dans les prochaines semaines, on sait jamais.

    En attendant, les coûts de construction du projet explosent, mais c’est pas grave puisque le projet de Courseulles est un des mieux rémunérés au monde, notre Etat si généreux ayant accepté d’acheter toute l’électricité produite à 140 EUR / MWh, alors que 30 km plus au large, le même fournisseur (EDF) verra son électricité éolienne en mer produite pour 42 EUR / MWh. Comprenne qui voudra.

    Comme les ennuis ne viennent jamais seul, ces difficultés en mer créent à leur tour des difficultés à terre ! Le fabriquant de pales, Siemens-Gamesa, est maintenant obligé de déménager des dizaines de pales d’éoliennes entre plusieurs de ses sites du Havre, c’est un sacré boxon, lui aussi qui coûte assez cher, mais continuons comme si de rien n’était, c’est bien connu, quand il n’y a que des mauvaises surprises, il faut persévérer.

    En vidéo, c’est mieux : https://youtu.be/9uZ46OZLbRk

    Dernière nouvelle (qui nous réjouit), ces bateaux vont finir par partir, dans quelques semaines normalement, car ils sont attendus ailleurs et faut pas rigoler avec les contrats.

    Saipem a en effet annoncé en octobre dernier que sa flotte était pleinement réservée jusqu’à fin 2026, notamment du fait du dynamisme actuel dans l’offshore pétrolier. Qui comme on l’a compris est beaucoup moins compliqué.

    Mais on vous le dit depuis le début, l’éolien en mer, faut pas y aller !!

    Au chapitre des autres nouvelles, Libre Horizon poursuit sa lutte avec Belle Normandie Environnement, Sea Shepherd et le GRAPE (Groupement régional des associations de protection de l’environnement) concernant le respect des réglementations relatives aux espèces protégées. Deux actions en justice ont été initiées en 2024 sur ce thème, dont l’une est toujours en cours.

    Nous communiquons également largement sur l’avis défavorable émis par le Conseil national de protection de la nature (CNPN) le 8 août 2023, concernant l’implantation des 64 éoliennes en mer devant les Plages du Débarquement, considérant d’une part qu’une implantation à 10 km de la côte est totalement insuffisante pour l’éolien offshore, et d’autre part que ce "site hautement symbolique au niveau mondial en tant que plages du Débarquement revendiquant son classement à l’UNESCO" dispose d’une réelle alternative, "la zone de Barfleur [à 35 km des côtes] puisque le même opérateur EDF a obtenu en 2023 d’y installer un nouveau parc".

    Bref ça continue, et tant qu’elles ne sont pas là, elles ne sont pas là !

    Pour ceux qui désirent en savoir plus sur l’avis défavorable du CNPN et sur les effets des 64 éoliennes dans la bande côtière du Calvados, nous vous invitons à parcourir l’article détaillé sur le site de Libre Horizon http://www.libre-horizon.com/spip.php?article565, qui présente notamment l’étude remarquable de M. Michel Collard sur les impacts les mammifères marins, dont les grands dauphins, et sur l’avifaune, notamment les espèces maritimes nicheuses locales.

    Quelques articles mis en ligne sur le site de Libre Horizon :

  • France 3 Normandie - 6 février 2025 - Pourquoi les 200 pales d’éoliennes en mer du parc offshore du Calvados s’accumulent au Havre
  • Robin des bois - 30 janvier 2025 - La baie de Seine, port refuge universel
  • Ouest France - 22 janvier 2025 - Parc éolien en mer, le lancement retardé
  • Le Marin - 16 janvier 2025 - Saipem fait face à un forage compliqué sur le parc éolien en mer du Calvados
  • Le Marin - 19 décembre 2024 - Siemens Gamesa doit résoudre l’extension contrariée de son usine d’éoliennes au Havre
  • Le Marin - 24 octobre 2024 - Le marché est tendu, les navires de soutien à l’offshore de Saipem tournent à plein régime
  • Energies de la mer - 1er août 2023 - Le dernier monopieu pour le parc éolien offshore de Courseulles-sur-Mer a quitté Rostock