Pourquoi payer en France 160 EUR ce que tous nos voisins achètent entre 50 et 80 EUR ?

Arromanches, le 6 janvier 2018, mis à jour le 30 juin 2018

Les allemands attribuent désormais (avril 2017) des parcs éoliens offshore à plus de 50 km des côtes et 30 mètres de profondeur, sans subvention publique. Le prix de l’électricité y ressort inférieur à 50 EUR le MWh.

Les britanniques viennent d’attribuer (sept. 2017) un contrat éolien offshore à 22 km au large de l’Ecosse pour un prix garanti de 63 EUR le MWh.

Les belges viennent de renégocier à la baisse (oct. 2017) le montant de leurs concessions récemment attribuées (à 40 km des côtes), à 79 EUR / MWh.

La France projette de subventionner massivement (1,25 milliards d’Euros par an) six parcs éoliens en mer à 10 km des côtes, 20 mètres de profondeur, pour un prix de l’électricité résultant de 160 EUR le MWh.

NB : Ces prix font suite à la renégociation de juin 2018. Initialement la charge publique était de 2 milliards d’Euros par an, avec un prix de rachat garanti par l’Etat de 226 EUR / MWh (En savoir plus ici)

Pourquoi un tel écart de prix ?

En 2011, l’ambition française était de développer une filière nationale, autour d’Areva et Alstom. Des prix élevés permettaient d’une part à ces industriels d’investir dans le développement de turbines éoliennes, et d’autre part de financer le développement d’une expertise d’opérateur en mer pour EDF et ENGIE. Ce transfert d’expertise se faisait notamment grâce aux alliances avec le danois DONG, un des leaders mondiaux du secteur. Mais depuis, cette filière française a été abandonnée : Alstom et Areva jettent l’éponge, au profit des allemands et des américains.

De surcroît, le danois DONG a revendu son contrat au canadien Enbridge et est sorti du projet !

Les prix allemands imbattables sont réalisés par cet industriel danois Dong, qui a le savoir-faire pour réaliser des complexes éoliens en mer loin des côtes, en profondeur, et sans besoin de subvention.

EDF et Dong s’étaient associés en 2011 pour répondre et gagner les trois premiers appels d’offres français. Les communiqués de l’époque saluaient cette alliance qui allait permettre de développer rapidement une expertise française... Et puis Dong a vendu ses contrats français en mai 2016 à Enbridge, industriel canadien spécialisé dans le transport de pétrole par oléoduc. Finalement, le prix élevé est resté mais va servir à développer une expertise canadienne aux frais du contribuable français.

Dernier argument : Pour créer des emplois. En 2012, les communiqués les plus optimistes des industriels et du gouvernement parlaient de 7 500 emplois. Aujourd’hui, la filière promet 15 000 emplois. Dur à croire... Mais soit ! Dans ce cas, la subvention de 1,25 milliard par an représenterait alors 85 000 EUR par emploi et par an de charge publique. Est-ce raisonnable ?

Pourquoi alors persister dans ce projet absurde, qui par ailleurs abîme nos paysages côtiers et les plages du Débarquement en particulier ?

Oui pourquoi ? Personne n’a la réponse.

Mais si nous voulons vraiment la révolution écologique,

Si nous voulons vraiment des emplois dans l’éolien offshore,

Si nous voulons vraiment payer le bon prix de l’électricité verte,

Et si nous ne voulons pas favoriser l’affairisme et les soupçons de corruption,

Alors pour le prix de ces six projets, faisons plutôt 12 parcs éoliens offshore invisibles à 50 km des côtes, sans subvention publique ! Nous serons tous d’accord !!

Sources

Pour la France :

Zip - 1.2 Mo

Appel d’offres (2011-2012) portant sur des installations éoliennes de production d’électricité en mer en France Métropolitaine

Attribution en avril 2012 par le Ministère de l’écologie des trois complexes éoliens en mer (Fécamp, Saint-Nazaire, Courseulles-Arromanches) à EDF Energies Nouvelles (60%) alliée au danois Dong (40%)

Communiqué EDF avril 2012 : 7 500 emplois promis pour les 3 parcs éoliens de Saint-Nazaire, Fécamp et Courseulles-Arromanches

Avis de la Commission de régulation de l’énergie (5 avril 2012) "La puissance des projets concernés s’élève à 1 928 MW, pour une production annoncée de 6,8 TWh. Les charges de service public en résultant atteindraient environ 1,1 Md€2 par an à partir de 2020, ce qui correspond à un surcoût annuel de 160 € par MWh produit. Sur la base d’un prix de marché de 66,5 €/MWh en 2020 (correspondant à une évolution des prix de marché de 3 % par an)"

Pour l’Allemagne :

Article Les Echos - 18 avril 2017 - Eolien en mer : des parcs sans subventions, une première mondiale

En Allemagne, les nouveaux parcs éoliens en mer "se passeront totalement de subventions !"

"Le prix de l’électricité de ces parcs ressortirait à 33,4 euros €/MWh" plus 10 à 15 €/MWh pour le coût de raccordement, soit moins de 50 €/MWh en coût total en Allemagne .

Les parcs nouvellement attribués en Allemagne sont :

Pour l’Ecosse :

Article Energies de la mer - 11 septembre 2017 - Le parc éolien offshore de Moray East (Ecosse) attribué à 57,50 £ par MWh

Pour la Belgique :

Article L’Echo (Belgique) - 27 octobre 2017 - 3 milliards de moins pour les derniers parcs éoliens en mer